Promu cette saison en Ligue 1 Guicopres, le Karfamoriah FC boucle la phase aller à la 11e place avec 13 points. Dans cet entretien exclusif accordé à Africasport.org, son président, Dr Ibrahima Kalil Kaba, dresse un bilan sans détour du parcours du club, revient sur les débuts compliqués, réaffirme la confiance accordée au staff technique et fixe clairement le cap : le maintien. Il évoque également les ajustements attendus au mercato, la portée symbolique de cette première saison dans l’élite pour le village de Karfamoriah, l’impact sur la jeunesse et adresse un message fort aux supporters.
Bonne lecture à vous.
Africasport.org : Bonjour Président. La première partie du championnat de Ligue 1 Guicopres est terminée. Votre club, promu cette saison, est classé 11e avec 13 points. Quel est votre regard sur son parcours ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « Bonjour Hamidou. Quand on monte en Ligue 1 pour la première fois, on se demande forcément si on a le niveau. Nos débuts ont été plutôt difficiles durant les deux premiers mois. Vers la fin, on s’est un peu rattrapés.
L’un dans l’autre, on est soulagés de savoir qu’on peut faire valoir nos arguments. On a eu 3 à 4 blessés, mais pas d’autres problèmes particuliers. L’un dans l’autre, je dirais que le bilan est en demi-teinte mais satisfaisant.
À l’analyse des résultats, on s’est rendu compte qu’on a six défaites. Mais ces six défaites sont exactement contre les six premiers du championnat : le Milo FC, l’AS Kaloum, le Horoya AC, le Hafia FC, le Wakria AC et le CIK. Ce sont les seules défaites du club.
On a enregistré trois victoires et 4 matchs nuls. On n’a pas gagné contre les six premiers, mais on est resté invaincu contre les sept autres. L’un dans l’autre, on est un peu à notre place. C’est tout à fait mérité et logique. »
Africasport.org : Les débuts du club ont été difficiles. Il y a même eu des supporters qui réclamaient le départ du coach Ismaël Kaba. Comment avez-vous traversé cette période ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « On a quand même un entraîneur qui a fait ses preuves. Si on devait écouter les supporters tous les jours, on changerait d’entraîneur en permanence. Il a pris en main un groupe qui venait juste de la Ligue 2, sans avoir eu un mois de préparation, et qui a enchaîné directement la Ligue 2 avec la Ligue 1. On n’a pas pu recruter comme on l’aurait souhaité.
On n’a pas pu se préparer comme on l’aurait voulu. Il fallait lui laisser le temps, probablement toute la saison.
Concernant les premières défaites, c’était contre le Hafia, vice-champion de Guinée. Il n’y a aucune honte à perdre contre le Hafia. Les deux suivantes étaient contre le CIK et le Wakria, puis contre l’AS Kaloum et le Horoya.
Franchement, on était face à des équipes qui ont fait leurs preuves et qui évoluent en Ligue 1 depuis plus de 10 ou 15 ans. Il n’y avait donc pas lieu de paniquer. Il fallait attendre de jouer contre des équipes que l’on considérait comme étant à peu près de notre niveau. Quand cela est arrivé, on a enchaîné trois victoires.
On a clôturé la phase aller par une défaite contre le Milo FC, qui est sans doute en route pour une place africaine.
Notre objectif, c’est le maintien. Il faut simplement rester devant le 13e du championnat. Actuellement, nous avons quatre points d’avance sur le premier relégable. Il va falloir se battre pour conserver cette distance avec la zone de relégation, en espérant ne pas avoir de couacs sur le plan de la santé ou d’autres problèmes. »
Africasport.org : L’objectif pour la phase retour ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « Il faut tout faire pour jouer le maintien. Si la fin de saison se passe bien, on pourra vraiment se préparer pour la saison prochaine. »
Africasport.org : Qu’est-ce qui va changer dans l’équipe pour la phase retour ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « On a encore quelques licences à prendre, je crois sept ou huit. Clairement, il y avait du déchet technique dans le jeu de l’équipe, donc il faut se renforcer. Des discussions sont en cours avec certains clubs.
On a aussi des joueurs de la sous-région qui sont actuellement à Kankan. D’ici la fin du mercato, on verra s’ils méritent d’être avec nous. Sur cette base, on va se battre pour assurer le maintien.
Il n’y a pas de changement d’ordre technique ou administratif prévu. On est exactement là où on pensait être et on va continuer à se battre. »
Africasport.org : Que représente, pour Karfamoriah FC, cette première saison en Ligue 1 ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « C’est une phase test, mais aussi l’aboutissement d’une aventure qui a commencé il y a une vingtaine d’années. Il y a des gens qui ne s’attendaient peut-être pas à nous voir en Ligue 1. Cela fait une dizaine d’années qu’on travaille là-dessus. On a passé cinq ans en Ligue 2 et on découvre aujourd’hui le gotha du football local.
C’est très satisfaisant à titre personnel. C’est une équipe de notre village. Aujourd’hui, tout le monde parle de Karfamoriah. L’un des objectifs est déjà atteint : on fait partie des 14 meilleures équipes du pays. Ce n’est pas si mal pour un petit village.
On est là avec des jeunes qui sont en train de faire leurs preuves. C’est une belle aventure. »
Africasport.org : En tant que Président, ressentez-vous une différence d’émotions entre la Ligue 2 et la Ligue 1 ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « Oui, clairement. Ce sont des rêves d’enfants. Vous parlez de certains des clubs les plus connus d’Afrique : le Hafia, le Horoya, l’AS Kaloum. Jouer contre ces équipes, c’est déjà un rêve. C’est la première fois qu’on les affronte. En phase retour, on va les recevoir à Kankan.
Sur le plan sportif et émotionnel, mais aussi pour ce que cela fait vivre au village, c’est très fort. Nos frères et sœurs de la diaspora commandent des maillots, parce qu’ils ont maintenant quelque chose à montrer à leurs enfants ou petits-enfants qui ne connaissent peut-être pas la Guinée ni le village. Franchement, c’est très satisfaisant. »
Africasport.org : Que représente cette équipe pour la jeunesse de Karfamoriah ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « C’est d’abord une grande fierté de porter un maillot au nom du village. Cela suscite de la combativité et de l’intérêt. Les gens se demandent où se situe Karfamoriah, si c’est à Kankan ou à côté. C’est aussi un moment de pédagogie.
Cela permet de faire connaître le village et de découvrir d’autres frères et sœurs issus de la même localité. Il y a une ambiance très fraternelle et une immense fierté pour tous les natifs, qu’ils soient jeunes ou plus âgés. »
Africasport.org : Quel message souhaitez-vous adresser aux supporters de Karfamoriah FC ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « Ce n’est pas la première fois qu’on traverse des difficultés. On en a connu en National 2, en National 1, en Ligue 2. Avant même, quand on était un simple club informel. Mais on ne gère pas un club de football selon les émotions des supporters. Un matin, on veut virer l’entraîneur. Le second matin, c’est le meilleur entraîneur au monde. Donc il faut continuer à aller au stade. Il faut continuer à acheter les éléments promotionnels. On a fait venir des maillots qui sont en vente. On est plutôt satisfait de la façon dont cela se passe. Il faut continuer à avoir une attitude très fair-play dans le stade. On a connu des incidents sur certains terrains. Pendant certains matchs, il faut qu’ils sachent que les écarts sont sanctionnés. On est obligé de payer la Ligue pour les dommages qui sont faits. Garder cet esprit fair-play, c’est un sport après tout qui permet de rassembler des enfants venus de partout. L’équipe est de Karfamoriah. Les natifs qui y jouent ne sont pas très nombreux. Ceux qui sont chez nous viennent un peu de la Guinée. On joue aussi contre des équipes qui ont dès fois des natifs de Karfamoriah dans leur effectif. C’est du sport. C’est un moment de fraternité. On prend une ou deux heures pour compétir et faire valoir nos arguments. Il n’y a pas de raison particulière que cela dégénère en quelques activités illégales. Il faut continuer à supporter l’équipe. Il faut continuer à être fair-play. Dans la victoire, mais surtout dans la défaite. Quand on perd, on montre le vrai caractère en réalité. On espère les retrouver un grand nombre à la reprise. Parce qu’on joue contre un de nos concurrents immédiats. C’est avec le Loubha FC qu’on reprend, suivi de la Renaissance. Ils auront l’opportunité, pour ceux qui sont à Kankan, d’avoir de grandes équipes. Ils peuvent venir jouer contre nous aussi. Cette fois-ci, on reçoit le Hafi, on reçoit le Horoya AC, on reçoit l’AS Kaloum. À Kankan, ce sera la première fois de l’histoire du club. On aimerait avoir une ambiance particulière pour ces matchs-là. »
Africasport.org : Les “6 kilos”, ça veut dire quoi Président ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « (rires) C’est l’une des choses qu’on explique chaque fois que les gens nous posent la question. Le village est à 6 kilomètres du centre-ville de Kankan. On s’est toujours un peu moqué de nous de façon péjorative en nous appelant les 6 kilos. On a décidé d’en faire un autre surnom. Ça fait référence aux 6 kilomètres qui séparaient Kankan de Karfamoriah. Mais avec l’urbanisation et la population, on n’arrive même plus à faire la différence entre Kankan et Karfamoriah. Mais c’est ce à quoi ça fait référence. »
Africasport.org : D’où vient votre passion pour le football ? Avez-vous joué ?
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « On ne peut pas être né au milieu des années 70 en Guinée et ne pas être passionné de football. Avec la musique et les arts, c’était un des grands éléments dominateurs de la vie sociale du pays. On était trop jeunes pour savoir ce qui se passait sur le plan politique et économique. Je suis né à Camayenne (un quartier de Conakry, NDLR), j’ai grandi là-bas. Ça a coïncidé avec la grande épopée du Hafia (premier triple champion d’Afrique, NDLR). Nous tous, nous sommes naturellement des passionnés. On a joué au football jusqu’au niveau universitaire aux Etats-Unis. Ce n’est pas quelque chose de nouveau particulièrement. Je n’ai pas eu le temps de m’en occuper. Maintenant que je suis un peu plus libre, c’est pour ça que je le fais. Mais bon, naître en Guinée dans les années 70, c’est difficile de ne pas être un passionné de football. Peut-être qu’il y en a, mais en tout cas, nous on l’est.»
Africasport.org : Merci Président.
Dr Ibrahima Kalil Kaba : « C’est moi qui vous remercie. »
Interview réalisée par Hamidou Kibola BANGOURA pour Africasport.org


