Comment peut-on prétendre défendre les couleurs d’une nation en gardant le silence ?
Depuis plus de quatre mois, la FEGUIFOOT s’enferme dans un mutisme déroutant sur le litige qui oppose la Guinée à la Tanzanie, après l’élimination controversée du Syli lors des éliminatoires de la CAN 2025.
Un silence lourd, presque méprisant, alors que le tournoi — désormais prévu au Maroc — approche à grands pas. Et si rien ne change, la Guinée risque de tout perdre : l’organisation qu’on lui a retirée, et la participation qu’elle est en train de laisser filer.
Un communiqué fort… suivi d’un vide assourdissant
Le 16 juin 2025, la Fédération Guinéenne de Football annonçait officiellement qu’elle prenait acte de la décision du Jury d’appel de la CAF, rejetant son recours contre la Tanzanie, à propos du match du 19 novembre 2024.
Ce communiqué, empreint de fermeté, soulignait des « manquements graves aux droits procéduraux les plus élémentaires » et dénonçait une procédure biaisée : « Privée d’accès complet au dossier, empêchée de demander la production de preuves essentielles et tenue à l’écart d’échanges procéduraux majeurs », écrivait la FEGUIFOOT. Elle affirmait alors sa conviction quant au bien-fondé de sa réclamation et annonçait qu’elle entendait porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).
Mais depuis ce texte prometteur, plus rien.
Aucune information. Aucune déclaration. Aucune trace publique du suivi de cette procédure annoncée avec tant d’assurance.
Quatre mois de silence, quatre mois de désillusion
Comment justifier ce mutisme prolongé ? Comment comprendre que, quatre mois après cet engagement solennel, la fédération n’ait rien communiqué à son peuple ?
Pendant ce temps, la Tanzanie figure déjà dans une poule de la phase finale, comme si de rien n’était.
Le silence de la FEGUIFOOT sonne comme un abandon de combat — une abdication morale alors que l’honneur sportif de la Guinée est en jeu. Les Guinéens ne réclament pas des miracles juridiques. Ils demandent simplement des réponses, des preuves de sérieux, une parole fédérale. Car se taire dans un moment pareil, c’est laisser mourir l’espoir.
D’une CAN perdue à une qualification menacée : la double peine nationale
Il faut le rappeler avec force : la CAN 2025 devait se jouer en Guinée. Ce rêve a été brisé par une décision de la CAF, privant le pays de son tournoi, de son prestige, de sa fierté. Et aujourd’hui, la Guinée est menacée d’une seconde humiliation : voir son équipe absente du tournoi qu’elle devait organiser. Un scénario insupportable, qui renvoie à la question essentielle : Que fait la FEGUIFOOT ? Et pourquoi persiste-t-elle dans ce silence qui, jour après jour, affaiblit la voix sportive de la Guinée sur la scène africaine ?
La vérité n’est pas une option
La nouvelle équipe fédérale s’était engagée à rompre avec les pratiques du passé. Mais la transparence promise semble avoir laissé place à une opacité déconcertante.
Si la procédure devant le TAS a réellement été engagée, la fédération doit le prouver. Elle doit expliquer les démarches, les délais, les perspectives. Elle doit parler. Parce qu’à ce stade, se taire revient à trahir.
L’heure de la responsabilité
À presque deux mois de la CAN au Maroc, le silence n’est plus une stratégie, c’est une faute. Les dirigeants fédéraux doivent se souvenir qu’ils ne défendent pas un bureau, mais un drapeau. La Guinée mérite d’être représentée avec dignité, clarté et courage. Car si la FEGUIFOOT ne sort pas de ce mutisme, l’histoire retiendra non pas une défaite sportive, mais une démission morale.
Pour rappel, cette affaire remonte à la dernière journée des éliminatoires de la CAN 2025. Ce jour-là à Dar-es-salam, la Tanzanie aurait aligné un joueur non identifié, selon la réserve déposée par la Guinée, battue 1-0 alors qu’un match nul suffisait pour qualifier le Syli National.
Dossier à suivre…
Edito de Hamidou Bangoura (Kibola), journaliste sportif, Administrateur Général d’Africasport.org


